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Age du Bronze : Hénon, lieu de production ?

L’occupation humaine à l’époque protohistorique est attestée dans toute la région sur laquelle domine le mont Bel-Air, haut lieu de culte celtique présentant également de nombreux vestiges d’occupation et d’activité. Le site de Bel-Air, à 339 mètres d’altitude, est le point culminant des landes du Mené et l’un des plus élevés de Bretagne. Comme son nom l’indique, ainsi que sa situation le suggère, l’endroit est avant la conquête romaine consacré au culte de Belenos, dieu celtique lié au feu, au soleil. La disposition actuelle des lieux le rappelle étrangement. Le sommet du mont est couronné d’un double talus circulaire d’où partent huit allées rayonnantes, constituant un plan correspondant exactement à la figuration symbolique de l’astre solaire. A ses abords, une population sédentarisée attestée depuis le Néolithique pratique la culture et l’élevage jusqu’à ce que l’avènement de la production métallique lui fournisse une nouvelle activité. La métallurgie du bronze, conditionnée par les métaux qui le constituent (cuivre et étain + plomb), apparaît de manière très localisée aux endroits où ces métaux sont disponibles. Le cuivre est importé mais l’étain se trouve en quantité suffisantes dans le sous-sol armoricain, et notamment à Hénon, d’où les nombreux éléments en bronze découverts sur le territoire de cette commune.

L’importance de l’implantation humaine y apparaît avec les infrastructures, le mobilier et les divers vestiges mis à jour depuis deux siècles. Le mobilier est difficile à estimer : les objets dont nous connaissons l’existence ne constituent qu’une partie non représentative de l’ensemble du mobilier utilisé à l’époque, l’acidité de nos sols rendant quasiment impossible la conservation des matières organiques. On ne connaît pour cette région que les objets métalliques, qui peuvent s’intégrer au cadre chronologique distinguant les époques par l’origine du métal avec la détermination des « Ages » dits de Cuivre, de Bronze et de Fer. Des armes peuvent être répertoriées, telles les pointes de lances et les épées du Bronze Final découvertes en 1814 « près de La Braize » en Hénon. Les objets inutiles, brisés ou usés, pouvaient être rassemblés pour être de nouveau fondus, constituant les dépôts de fondeur. Un dépôt datant du Bronze Moyen est composé d’armes, d’outils, de haches à talon, de 13 rasoirs, embouts de lance, marteaux, pendentifs et épées à encoches, objets entiers ou fragmentés reliés par un fil de bronze ; il a été découvert en 1886 aux « Sauvageons » en Hénon. Un autre, découvert en 1967 au « Pont de Pierre » en Bréhand, réunissait des fragments d’épées « pistilliformes » repliés, des anneaux, ainsi que divers morceaux de métal. Le type de mobilier le mieux connu, le plus facile à identifier aussi, est constitué par les « haches » en bronze, qu’elles soient à talon ou à douille, lingots de bronze hachiformes ayant probablement donné lieu à un troc, d’où l’évocation d’un phénomène paléomonétaire. Leur production est caractérisée dans le temps, outre la typologie, par des dimensions et une teneur en métal décroissantes (haches « à douille » : elles deviennent creuses), alors que la teneur en plomb augmente progressivement au détriment de la qualité de l’alliage, jusqu’à saturation (90% de la composition) ; leur fabrication se prolonge au-delà de l’Age du Bronze Final, des études récentes ayant montré qu’elles pouvaient être contemporaines du premier Age du Fer. Elles sont généralement découvertes en grande quantité dans une fosse circulaire conservant l’empreinte de leur récipient primitif. On recense un dépôt de 46 haches à douille contenues dans un pot découvert à un mètre de profondeur en 1846 près du moulin à vent de « La Mie-Voie » en Bréhand, un autre de 52 haches à douilles placées dans une cavité circulaire, la pointe vers le centre, découvert en 1928 à « La Touche-Nicolas » en Hénon, un dépôt comptant une soixantaine de haches à douilles du type « de Dahouët » découvert en 1852 à proximité du « Tertre à La Pie » en Plémy, et quelques unités découvertes au XIXe siècle sous la pierre constituant la « fontaine des fonts » de « La Ville-Bouvier » en Plémy.

On connaît surtout le dépôt comptant plus de 600 haches à douille datant du Bronze Final (VIIe-Ve siècle av. J.C) découvert en 1977 à « La Touche-Rouault » en Hénon. Quelques découvertes sporadiques d’unités isolées ont été signalées, telle cette hache en bronze à douille carrée découverte « dans les environs » de Moncontour en 1874 ou cette « monnaie gauloise en potin, trouvée près des remparts, en 1867 », ne suffisant pas de ce fait pour établir l’existence d’une activité ou d’une occupation du site à cette époque. Représentative d’une évolution de la conception de la Mort et par conséquent révélatrice d’un bouleversement profond des cultures et sans doute des technologies, est une urne cinéraire provenant d’un cimetière celtique du second âge du fer (v. 400 av. J.C.) découverte en 1970 au « Houx » en Plémy : elle contenait des cendres et des ossements du défunt, ainsi qu’un « bracelet de cheville » en bronze. La collection Paul du Chatellier comprenait un « poignard en bronze » provenant de Moncontour dont la lame, pourvue d’une nervure centrale, était fixée au manche au moyen de rivets ; mais l’existence de cet objet isolé, dont les circonstances et l’emplacement exacts de sa découverte ne nous sont pas connues, ne suffit pas quant à lui à attester de l’occupation humaine du site à cette période.

Auteur : Bertrand L'Hotellier 04-10-2002

VilleHénon