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6 juin 1944 - 6 août 1944 - Quessoy

6 juin 1944 - 6 août 1944 : C'était à Quessoy il y a 60 ans

Début juin 44, le Maire Joseph Berthelot recevait l’ordre des autorités allemandes de rassembler, au Bourg, tous les chevaux (et… leurs propriétaires) afin d’en effectuer le recensement.

Louis Darcel de Crézouard se souvient très bien de la journée du 5 juin et de la venue du Maire chez M. Corlay pour lui conseiller de présenter son cheval, sans faute, le lendemain à un second recensement à Hénon. Il faut dire qu’il avait oublié de se rendre au premier et que cela lui faisait mal au cœur d’avoir à se séparer d’«une aussi belle bête». Par crainte de représailles, il finit par accepter et confia la triste besogne à Louis Darcel.

Le 6 au matin, Louis se mit en route vers Hénon et vers 9 h, comme il atteignait le Colombier, un homme accourut à sa rencontre : «t’es loin assez, ne va pas plus loin… ils ont débarqué et… les autres ont autre chose à faire». Imaginez la joie de notre cavalier revenant au trot et informant tous ceux qu’il rencontrait. «Ils ont débarqué». Oui, les Américains avaient débarqué… mais, il faudra attendre 2 mois avant de voir à quoi ils ressemblaient ces Américains.

2 mois jour pour jour… C’était un dimanche d’août ensoleillé et, comme tous les dimanches, les jeunes s’étaient rassemblés à la chapelle de Crézouard. C’était le 6 août vers 15 h et les discussions allaient bon train : des parachutistes allemands attaqués par des résistants avaient, la veille, fusillé des otages à MONCONTOUR ; quelques jours plus tôt, un soldat allemand avait été tué à l’Espérance… C’est alors qu’un bruit de moteurs (plusieurs véhicules venant de Quessoy) interrompit les jeux et les discussions ; puis, un cri : «les Allemands ! Ce sont les Allemands !». Comme une volée de moineaux, tous s’éparpillèrent : Marie Morin emportant sa petite sœur sous son bras à travers champs, Joseph Morin courant se mettre à l’abri derrière un talus, Louis Darcel allant jusqu’au Botrel… une pagaille qui alerta les plus anciens qui faisaient la sieste. Un coup d’œil à l’extérieur les rassura ; il s’agissait de 4 jeeps de soldats américains qui, surpris, par ces mouvements désordonnés, prirent position autour de la chapelle puis poursuivirent leur route après avoir distribué quelques friandises et quelques cigarettes à ceux qui, rassurés, avaient fini par quitter leur cachette.

La nouvelle se répandit très vite que quelques camions s’étaient arrêtés à Quessoy. Je vous laisse imaginer la ruée vers le Bourg.

Olivier Morin (les Portes en l’Hôpital-Quessoy) se souvient, lui aussi, de ces journées du début juin 1944 et des réquisitions de chevaux qui avaient fortement inquiété les cultivateurs. Heureusement, leur trait breton, un cheval entier, un brin nerveux, avait été écarté par les autorités allemandes, le considérant trop impétueux pour «collaborer» avec les autres chevaux. Il fut donc dispensé de service. En l’absence de camions et, surtout, d’essence pour les faire rouler, les Allemands convergeaient vers la Normandie en convois de remorques tirées par des chevaux.

Un soir, un officier allemand fut hébergé chez ses parents. Olivier se souvient de l’appétit de cet officier face à l’omelette (six œufs) que sa maman, Rose, lui avait préparée.

Quant au 6 août, il se rappelle très bien que, s’étant rendu à vélo au bourg pour voir un petit cirque qui était installé près de la Mairie, il fut soudain surpris par un vacarme impressionnant. En quelques coups de pédale, il se retrouva devant l’église où stationnait un char américain. En peu de temps, une trentaine de personnes s’était approchée du monstre sur lequel quelques soldats trônaient, souriants. Cigarettes, chocolat, chewing-gum, la distribution fut rapide et l’engin s’éloigna.

En ces jours de délivrance, la prudence était encore de rigueur et, peu à peu, chacun rentra chez soi.

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