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Les croix monolithiques.

On découvre parfois, au cœur d’agglomérations ou au détour d’une petite route de campagne, l’une de ces grandes croix monolithiques aux branches pattées, très caractéristiques, dont l’un des plus beaux exemplaires de la région se situe dans le bourg de Landéhen. Dans le pays de Moncontour, signalons la fameuse croix Oulot de « Saint-Queneuc » en Quessoy, avec sa petite voisine du « Grand Clos », celle de la Croix-Maillard toujours en Quessoy, celle de St Germain près de « Beau Soleil » en Hénon, ou encore celle de « Saint-Meux » en Plémy.

Ces croix sont parfois désignées comme « mérovingiennes » ou « carolingiennes », et on n’hésite pas non plus à les rapprocher d’une hypothétique victoire sur les vikings. D’emblée, disons que ces qualificatifs, de mérovingien ou de carolingien, sont inappropriés. Certes, au début du Xe siècle, la Bretagne traverse une période ténébreuse en raison des invasions vikings, ces normands (« hommes du nord ») qu’Alain Barbetorte, jeune héritier du royaume de Bretagne, parvient à repousser peu avant 940 au terme d’une campagne menée depuis Dol et Saint-Brieuc (Cf site du « camp de Péran » en Plédran) jusqu’à Nantes. Or attribuer à ces croix une quelconque origine mérovingienne revient à les situer dans le cadre chronologique du VIe au VIIIe siècle. Nous sommes loin du temps des invasions normandes ! Par ailleurs, des travaux récents ont montré que ces croix ne sont que rarement antérieures au XIIe siècle, et au XIIIe pour les croix à épitaphe. Pour terminer, l’abondance même de ces croix constitue un dernier argument infirmant ces légendes populaires. Elles ne sont donc en aucun cas les témoins éventuels d’un hypothétique combat des bretons contre les normands.

Les croix monolithiques aux branches pattées sont les témoins de la conquête chrétienne des campagnes françaises aux XIe-XIIIe siècles. Dans les contrées les plus reculées, les plus hostiles aussi, des communautés s’emparent d’un fragment de territoire qu’elles vont s’employer à déboiser, défricher, et certaines parviennent à y élever une chapelle, à y développer un village, comme à Langast avec les moines de Dol. A Hénon, située au bord de la route de « Beau Soleil » à l’emplacement d’une chapelle disparue, la croix dite « de Saint-Germain » impressionne par ses dimensions ; c’est à son sujet qu’A. Houssaye, dans son ouvrage sur Moncontour (1900), rapportait la légende d’une victoire sur les vikings. Elle marquait autrefois l’entourage de la chapelle St Germain et St Léonard, détruite vers 1950. La croix de Saint-Meux en Plémy indique probablement l’emplacement du sanctuaire primitif de Plémy, dédié à saint Maioch (ou saint Meux, Mieux, qui a donné le nom « Plou Maioch » dont est issu « Plémy ») ; petite et mutilée, elle n’en est pas moins un témoignage intéressant de la fondation et de l’évolution des paroisses. La plus remarquable est incontestablement celle qui occupe le centre du carrefour autour duquel s’est développé le village de Saint-Queneuc en Quessoy. Ce lieu était autrefois une dépendance de l’abbaye Saint-Magloire de Léhon, près de Dinan, dont la fondation fut encouragée par… Nominoë. Il n’en fallait pas davantage pour permettre à certains auteur de supposer qu’elle « aurait été érigée pour célébrer la victoire de Trans », un autre combat (historiquement tout aussi douteux que les autres) par lequel les bretons vainquirent définitivement les normands en 939. Les archives l’évoquent sous le nom de « la croix Oulot », sans que l’on puisse donner de précision sur l’origine de ce nom. Il s’agît là de l’exemple le plus spectaculaire visible dans le Pays de Moncontour.

Auteur : Bertrand LHotellier 03-10-2002

VillePays de Moncontour