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Les saints guérisseurs de Trédaniel.

Les saints guérisseurs de Trédaniel sont représentés par des statues de bois polychrome, de dimensions variables (de 0,70 m à 1,20 m de hauteur). Longtemps dénigrées en comparaison à la statuaire académique, jugées « fort peu remarquables du point de vue de l’art » par B. Jollivet vers 1860, la grossièreté de leur exécution procède de leur caractère vernaculaire qui fait aujourd’hui leur intérêt. Si elles sont actuellement connues sous le nom des « sept saints guérisseurs de Notre-Dame-du-Haut », nous allons voir que cette appellation est très inexacte. Pour cela, essayons de déterminer leurs origines.

C’est en raison du manque d’archives à leur sujet, mais aussi du désintérêt qui leur a longtemps été porté, que leur origine est mal connue ; si l’on sait que certains proviennent de la maladrerie de La Madeleine où leur rôle de guérisseur s’accorde avec la fonction de l’établissement, la date de leur transfert à Notre-Dame du Haut, leur nombre initial et leur identification exacte restent à préciser.
Bien qu’il soit probable qu’elles aient été déplacées de La Magdeleine à Notre-Dame du Haut pendant ou peu après la Révolution (en raison de l’abandon de la chapelle de La Magdeleine), il est tout de même curieux qu’en 1840 l’abbé Duhamel ne puisse déjà plus préciser « de quelle époque date le culte de ces saints à Notre-Dame-du-Haut ; il paraît aussi ancien que la chapelle elle-même ». La présence de certaines statues est néanmoins attestée à Notre-Dame du Haut au début du 18e siècle, celles de saint Hourniaule et saint Livertin.

Comment en effet expliquer les renseignements différents, contradictoires même, des auteurs depuis le 19e siècle ? Pourquoi l’abbé Duhamel évoque-t-il en 1840 les « statues informes » des saints Clair, Méen, Mamers, Hervé (ou Houarniault), Ujane (ou Eugénie), Yvertin et Lubin, sans nommer saint Hubert ? Pour quelle raison saint Clair, pourtant « guérisseur » lui aussi, disparaît-il de ce « panthéon » dès la seconde moitié du XIXe siècle, et qu’est devenue sa statue ? Le désintérêt suffit-il à expliquer que le trédanielais Charles Berthelot du Chesnay ne signale en 1896 que « quatre statues de saints guérisseurs » ?

Ainsi, malgré le désintérêt porté par les « érudits », les populations locales vouent au début du XIXe siècle un culte tout particulier à ces saints thaumaturges. La fabrique a aussi, à cette époque, tout intérêt à développer ce culte dont l’aspect lucratif est souligné à plusieurs reprises. L’abbé Duhamel signale en 1840 que « ces saints reçoivent plus d’offrandes et d’ex-voto que la sainte Vierge, même le jour de l’Assomption » ; et Jollivet confirme cet intérêt quelques années plus tard. Remarquons au passage que les saints de Notre-Dame-du-Haut occultent considérablement le saint Fiacre de l’église paroissiale, pourtant lui aussi « guérisseur » !

Une étude plus approfondie démontre que le culte d’« Eugénie » a une toute autre origine que celui des autres saints. Il est une substitution de celui de saint Tujan, bien antérieur à la présence des statues à Notre-Dame-du-Haut. Du haut Moyen-Age au XIXe siècle, le clergé s’est constamment efforcé de substituer des cultes romains, plus authentiquement catholiques, aux cultes païens (au sens premier du terme, c’est-à-dire d’autochtones). Tujan est l’un de ces authentiques « saints bretons » inspirés de personnalités du haut Moyen-Age. Son culte est parvenu à Trédaniel d’une manière qui reste à préciser mais probablement dès le Moyen-Age ; là, il est attaché à la fontaine située à une centaine de mètres de Notre-Dame du Haut. Ceci le distingue clairement des autres cultes présents à Notre-Dame du Haut.

Ainsi, nous voyons que l’expression de « sept saints guérisseurs de Notre-Dame du Haut », encore utilisée de nos jours, est très incorrecte quant au nombre, aux attributions et aux origines des statues. Il faut conserver à l’esprit que la connaissance que nous avons de ces cultes est encore très imprécise et sans doute incorrecte. Seules la (re)découverte des registres du Conseil de fabrique de Trédaniel, la comparaison systématique des statues des saints à l’ensemble du répertoire régional et la (re)découverte de la statue de saint Clair permettraient sans doute d’obtenir quelques éclaircissements sur l’origine et l’évolution de ce panthéon original. Enfin, présentons à notre tour les différents personnages concernés par les cultes présents à Notre-Dame du Haut et voyons comment leur culte est répandu dans la région :

Auteur : Bertrand LHotellier 10-01-2003

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